Salaire de CEO en France : ce que gagnent vraiment les patrons

Le salaire de CEO en France recouvre des réalités très différentes selon que l’on parle d’un dirigeant d’une PME de moins de 20 salariés, d’un fondateur de start-up ou d’un PDG coté au CAC 40. Les données disponibles proviennent de périmètres distincts – sociétés cotées, cadres dirigeants salariés, entrepreneurs indépendants – et ne se comparent pas directement.

Ce que l’on sait avec certitude : la taille de l’entreprise reste le principal déterminant de la rémunération d’un dirigeant, bien avant le secteur ou l’ancienneté.

Rémunération des dirigeants salariés : l’effet taille d’entreprise

Pour les cadres dirigeants salariés, la fourchette est large. Les dirigeants d’entreprises de moins de 20 salariés dans des secteurs comme l’hôtellerie et la restauration perçoivent en moyenne autour de 31 274 euros nets annuels, selon des données issues de l’Insee. À l’opposé, les dirigeants de structures de 50 salariés et plus atteignent en moyenne 117 964 euros nets annuels.

La moyenne tous périmètres confondus pour les cadres dirigeants salariés s’établissait autour de 102 700 euros nets par an. Un chiffre qui représentait environ deux fois le salaire annuel d’un cadre, et près de cinq fois le salaire annuel moyen des Français, toujours selon l’Insee.

Taille de l’entreprise Rémunération nette annuelle moyenne
Moins de 20 salariés 48 857 euros
20 à 49 salariés 81 996 euros
50 salariés et plus 117 964 euros
Moyenne générale 102 700 euros

Ces chiffres portent sur les cadres dirigeants salariés au sens large, pas uniquement les PDG de groupes cotés. Le rapprochement avec les rémunérations du CAC 40 serait trompeur.

Salaire CEO de start-up : entre contrainte financière et levée de fonds

Le cas des fondateurs de start-up suit une logique différente. Se verser un salaire suppose d’abord d’être rentable ou d’avoir levé des fonds. En l’absence de l’un ou l’autre, la rémunération du CEO reste souvent symbolique ou nulle dans les premières années.

Une fois les premiers fonds levés, les salaires fixes annuels des CEO de start-ups françaises se situent généralement entre 70 000 et 120 000 euros lorsque la levée est inférieure à 5 millions d’euros. Sur une levée de l’ordre de 50 millions d’euros, le salaire fixe annuel du CEO atteint en moyenne 150 000 euros, selon des données citées par des plateformes spécialisées dans l’écosystème entrepreneurial français.

Le salaire fixe ne représente toutefois qu’une fraction de la rémunération globale d’un CEO de start-up. Les bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE) et la plus-value de cession des actions constituent souvent l’essentiel du gain potentiel – mais ce gain n’est réalisé qu’en cas de sortie réussie.

Dirigeante d'entreprise en blazer gris devant un écran affichant des graphiques financiers dans un bureau moderne parisien

PDG du CAC 40 : la structure de rémunération qui change tout

Les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises cotées constituent un cas à part. D’après le classement établi par Proxinvest pour 2024, chacun des cinq patrons les mieux payés parmi les 120 plus grandes entreprises cotées à Paris a perçu entre 10 et 23 millions d’euros au titre de cet exercice.

En tête, Francesco Milleri, PDG d’EssilorLuxottica, avec 23,1 millions d’euros. En cinquième position, Gilles Gobin de Rubis avec 10 millions d’euros, soit l’équivalent de 600 années de SMIC d’après Proxinvest.

Ces montants appellent une précision technique : la rémunération totale d’un PDG coté ne se résume pas au salaire fixe. Elle inclut :

  • Un salaire fixe de base, généralement plafonné dans les politiques de rémunération soumises aux actionnaires.
  • Un bonus annuel variable lié à des objectifs de performance financière et extra-financière.
  • Des actions de performance ou des options d’achat d’actions, dont la valeur dépend du cours boursier au moment de l’acquisition définitive.
  • Des avantages en nature, des jetons de présence et, dans certains cas, des indemnités de départ ou des primes de bienvenue.

Une comparaison fondée sur le seul salaire fixe peut produire un classement radicalement différent de celui fondé sur la rémunération totale attribuée.

Moyenne et médiane des CEO du CAC 40 : deux indicateurs qui divergent

En 2024, la rémunération totale moyenne des dirigeants exécutifs du CAC 40 a baissé, tandis que la médiane a progressé. Cette divergence illustre un effet statistique classique : quelques rémunérations exceptionnellement élevées tirent la moyenne vers le haut, même lorsque la majorité des situations se stabilise ou s’améliore modestement.

Lire uniquement la moyenne revient donc à surestimer la rémunération typique d’un PDG du CAC 40. La médiane donne une image plus représentative de ce que perçoit le dirigeant médian d’un grand groupe coté français.

Les données sur les rémunérations des sociétés cotées font l’objet d’un contrôle en deux temps depuis l’introduction du dispositif dit « say on pay » : les actionnaires votent d’abord la politique de rémunération en amont, puis approuvent rétrospectivement les éléments effectivement versés. Ce cadre réglementaire encadre les pratiques sans fixer de plafond absolu.

Ce que les chiffres disponibles ne permettent pas de mesurer

Les données publiques sur les salaires de CEO en France présentent plusieurs angles morts. Les rémunérations des dirigeants de sociétés non cotées – ETI familiales, groupes privés, filiales de multinationales étrangères – ne font l’objet d’aucune obligation de publication. Ce segment représente pourtant une part substantielle des dirigeants d’entreprises de taille significative en France.

Par ailleurs, les revenus tirés du patrimoine (dividendes sur participation au capital, plus-values de cession, revenus d’autres placements) n’entrent pas dans les données salariales publiées. Un fondateur qui se verse un salaire modeste mais détient une participation importante dans son entreprise peut présenter une rémunération totale bien supérieure à ce que les statistiques sur les « salaires de patrons » laissent apparaître.

Enfin, la catégorie « cadre dirigeant salarié » au sens statistique recouvre des profils très hétérogènes : directeur général d’un groupe de 500 personnes et gérant d’une SARL de 3 salariés peuvent tous deux figurer dans les mêmes agrégats, selon la source utilisée. Comparer les salaires de CEO sans préciser le périmètre conduit à des conclusions inexactes.

Ce que les chiffres disponibles permettent de dire avec certitude : la taille de l’entreprise structure la rémunération bien plus que le secteur ou le titre. Et entre un CEO de PME et un PDG du CAC 40, l’écart n’est pas de degré – il est de nature, tant dans le montant que dans la composition de la rémunération.

Nos dernières publications